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jeudi, 03 juillet 2014

Rolling Stones en Belgique ce 28 juin

Les Rolling Stones, 50 ans d’activisme libertaire

Gricha Safarian, LE SOIR

La XIe tournée des Rolling Stones passe par la Belgique ce samedi 28 Juin. Depuis le début de l’année les Stones ont alignés performances sur performances

D’abord en Asie (entre autre trois concerts impeccables à Tokyo devant un total de 150,000 personnes survoltées suivi d’un «club show» époustouflant à Singapour devant moins de 5000 personnes). La tournée Européenne a débuté à Oslo fin mai pour passer par le plat pays ce samedi.

50 YEARS AND COUNTING

Cela fait plus de 50 ans que ça dure. Et au-delà de l’époustouflante longévité des Rolling Stones, c’est peut-être la plus encore étonnante fidélité et dévotion de leurs fans, dont l’auteur fait partie, qui est remarquable. Les Stones sans leur public auraient disparu depuis longtemps, au même titre que la quasi intégralité des groupes formés dans les années soixante.

Des fans qui cumulent souvent chacun des centaines de concerts, étalés sur des décennies et aux quatre coins de la planète. Des fans qui sont nés avec les Stones en musique de fond. Des fans qui dialoguent à n’en plus finir sur l’excellence absolue de Get Yer Ya-Ya's Out! , le meilleur album live de tous les temps, ou sur la supériorité incontestable (ou pas) du line-up du temps de Mick Taylor. A noter en passant que ce dernier rejoint le groupe sur scène le temps de deux morceaux.

Des fans qui font le tour du monde pour assister à un concert, qui s’échangent des stratégies sophistiquées pour le ticketing ou des conseils de prudence (par exemple toujours prendre l’avion un jour au moins avant le concert, histoire d'éviter qu’un atterrissage d’urgence à Winnipeg ne risque de vous faire rater le concert de las Vegas comme c’est arrivé à l’auteur de ces lignes).

Les fans des Stones c’est un groupe social à part. Hétéroclite, quatre générations d’amateurs dans la même salle, des gens qui, riches ou pauvres, seront toujours d’accord pour dire qu’un ticket pour un concert des Stones, ça n’a pas de prix.

Qu’est ce qui se cache derrière cette dévotion douce, cette fidélité invraisemblable, cette passion infinie de millions de fans de par le monde?

Plusieurs choses.

Tout d'abord, au travers de leur musique, sur laquelle tout reste encore à écrire tant l’œuvre est riche, les deux premières générations de fans des Stones ont compris pour l'avoir vécu en prise directe, l’énorme impact du groupe sur l’évolution du monde.

 

stone free

Impact tant politique que social

La musique des Stones a été l’hymne de luttes multiples et diverses. De l’opposition à l’invasion américaine au Vietnam jusqu’à la chute du mur de Berlin et de plusieurs dictateurs patentés faisant office de l’autre côté du rideau de fer, en passant par diverses dénonciations politiques comme les violences de la droite ultra en Amérique Centrale dans les années 80, ou plus récemment la suffisance des néo-conservateurs.

Les Stones ont aussi, si pas surtout, été le moteur d’une révolution des mœurs sans précédent. Dans ce domaine, l’impact est encore plus énorme car ils ont été de véritables «game changer» dans l’évolution sociale du monde. Les Stones ont été de toutes les luttes pour faire sauter les carcans que la religion et la bien-pensance ambiante parvenaient encore à imposer à tous dans les années 60.

Les grincheux accusent : les Stones ont «volé» le blues à divers artistes noirs des années 50 et 60, le Blues, musique libératrice s’il en est, soit. Mais ce vol était en réalité un emprunt en bonne et due forme. Emprunt restitué avec intérêts à l’Europe et aux Etats-Unis pour faire germer la liberté au sein de populations blanches par trop engoncées dans des rites sclérosants. Les Stones dans les années 60 et 70 symbolisent la révolution sexuelle, la libération de la femme, la libération des mœurs, la lutte contre l’homophobie, contre le racisme, et aussi bien sûr une série d’excès inévitables dans le domaine des substances illicites.

Un trajet invraisemblable qui conduira ce petit groupe libertaire de la prison dans les années 60 à l’anoblissement quelques décennies plus tard une fois que la société aura dument intégré ces changements dont ils étaient précurseurs.

Anoblissement par la Reine d’Angleterre pour Mick Jagger donc et gageons que Keith Richards se contentera sans doute d’une nomination comme «personne de l’année» en couverture du Time magazine, il faisait en effet partie de la short list pour 2014. Puis n’oublions pas le concert donné par les Stones à New York pour l’anniversaire de Bill Clinton ou encore, plus récemment, ce concert de Blues auquel Mick Jagger participa à la Maison Blanche au grand bonheur de Barack Obama.

De la prison à l’establishment, les Stones ne sont pas rentrés dans les rangs, ils ont simplement, avec une classe remarquable, amené le monde à évoluer dans leur sens.

En résumé, les Rolling Stones sont tout simplement les instigateurs du plus grand bond en avant jamais réalisé dans l’histoire de la libération des mœurs. La faste époque de l’après-guerre, l’influence du blues noir américain, l’inanité de la guerre froide, le refus de la religion et des idéologies, tout cela faisait partie des ingrédients dont ils se sont joués pour révolutionner le monde plus sûrement et tranquillement qu’aucun homme politique n’a pu le faire au vingtième siècle.

A coup de riff rageurs et impeccablement placés, de paroles engagées et remplies de double sens politiques, à coup de concerts, de milliers de concerts de par le monde, chaque fois sold out, chaque fois différents, parfois ratés mais toujours sincères.

Très malheureusement le paroxysme de cette libération appartient déjà au passé. On ne peut que déprimer aujourd’hui en comptant les retours en arrière, les lois revalorisant l’archaïsme ou même le délit de blasphème, les accommodements de plus en plus liberticides avec tous les extrémismes politiques et/ou religieux du moment.

Au crépuscule des Stones, c’est comme si on assistait à une demande réelle, concrète et précise de restauration des contraintes qui explosaient les unes après les autres à la fin des années 60. Cette restauration des contraintes va de pair avec le retour en force du religieux dans la sphère publique.

L’homme soucieux de contribuer au progrès de l’humanité ne peut que s’étouffer à la lecture d’un article relatant la mort accidentelle d’un «professeur d’attentats suicide» et de ses 21 élèves à Bagdad il y a quelques mois. Ou plus récemment à la vision des photos insoutenables d’exécutions en masse de centaines de personnes twittée live depuis l’Irak.

Alors peut-être que ces fans du monde entier, ces millions de fans, c’est l’immortalité qu’ils recherchent et c’est la liberté qu’ils célèbrent en assistant à leur antépénultième concert des Stones.

Une liberté de plus en plus précieuse, de plus en plus fragile, de plus en plus contestée.

Concert à ne pas rater ce samedi, c’est la dernière fois pour la Belgique.

Merci les gars!

Gricha Safarian est Licencié en Sciences Politiques et Relations Internationales (ULB – Bruxelles) et blogueur.

stone freehttp://www.rtbf.be/info/medias/detail_les-rolling-stones-rendent-hommage-a-bobby-womack-a-werchter-classics?id=8304243

 

 

 

Commentaires

En hommage à Bobby Womack, "It's all over now"...
http://www.rtbf.be/classic21/article?id=8304919

Écrit par : Rockin'Daddy | lundi, 30 juin 2014

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