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dimanche, 18 novembre 2007

Chuck BERRY à Montpellier se SOIR, samedi 24 novembre

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Billetterie AUCHAN, à partir de 56.70 €

Voir le site officiel du Crazy Legs
http://www.chuckberry.com/about/photos.htm

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Midi libre du 22 novembre 2007 : midi libre 22.11 Chuck B.JPG


Se souvenir des belles choses

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Chuck Berry en concert à Genève le 22 novembre 2007. Photo: Keystone

CONCERT. Chuck Berry, l'inventeur du rock'n'roll, tabassait sa guitare, jeudi à Genève. A 81 ans, le héros électrique ne fait plus peur aux vieilles dames. Mais persiste.

Arnaud Robert
Samedi 24 novembre 2007

«Quoi? Je n'ai pas encore joué «Johnny B. Goode»? Bon d'accord.» C'est une chanson de 1958, l'histoire d'un type qui palpe sa guitare comme d'autres actionnent la sonnette d'une porte. Quand il s'est agi, pour les cosmonautes américains, de propulser un juke-box terrien à l'adresse des hommes verts, ces trois couplets salés faisaient partie du lot. Un hymne de Chuck Berry, long corps sec qui se désaxe le pelvis octogénaire, jeudi au Grand Casino de Genève. Une casquette de commandant de yacht, une chemise en paillettes fondues, l'odeur grisante du mythe, Chuck exécute sa marche lunaire, la duckwalk. Cela aurait suffi au fond, pour asseoir une salle déjà tout acquise à cette cause. Celle d'une rébellion vieille de cinquante ans.

De lui, John Lennon a suggéré que si l'on cherchait un autre nom pour le rock'n'roll, il faudrait le baptiser Chuck Berry. Le genre d'épitaphe qu'on n'inscrit pas deux fois. Les mercenaires font le décor. Un bassiste moustachu qui n'hésite pas à indiquer sur le manche de Chuck la case où il est censé poser ses doigts. Un très jeune pianiste norvégien, probablement recruté dans les coulisses d'une tournée scandinave, qui tient son rôle dans un sourire agrafé. Une dame, aussi, qui souffle au travers d'un harmonica de convoi ferroviaire, de pêche dominicale, tout moite comme les Etats du Sud. Berry est né en 1926, à Saint-Louis, dans le Missouri. Il faut se figurer le Missouri. Un pays si vide que les musiciens y passent leur vie à tenter de combler l'horizon.

A 18 ans, Berry occupe son temps. Il cambriole, répare des moteurs à la chaîne, se fait poser les fers après avoir engagé une Apache de 14 ans dans son cabaret. Ce n'est pas l'épidémie du rock qui le range des affaires. En 1990, il est encore interpellé pour avoir placé des caméras dans les toilettes de femmes de son restaurant. La vie de Chuck Berry est un blues, de l'espèce où l'anti-héros godille entre la maréchaussée, une luxure de tripot et un catéchisme de jointure. Alors, quand il débarque à Genève, droit comme un barreau, c'est l'aventure rock, cet ardent désir d'outrecuidance, de voracité et de bouffonnerie, qui revient en tête. Chuck Berry n'est pas aussi physiquement ravagé que la rumeur l'anticipait. Mais son agent, noire chevelure teintée, ne lâche pas le rideau de peur du carnage. Il est un acteur du drame. Comme cette femme blonde, en fourreau obscur, veuve criminelle d'un film hollywoodien, qui prend des photographies depuis les bords de scène.

Bref, le caravansérail de cette tournée est un spectacle en soi. Comme ces couples sexagénaires, émouvants, qui se précipitent sur le parquet pour twister avec Chuck. Ils se rappellent 1955, «Maybellene», quand un Noir enfin cravatait la tête des ventes à un Elvis assourdissant. Peu importe au fond que Chuck Berry ne se souvienne plus du moindre accord de ses chansons, que son jeu, cent fois copié, se résume aujourd'hui à des taloches au hasard. Ce n'est pas un vieillard grivois qu'ils paient pour voir. Mais eux-mêmes, rajeunis dans ce miroir approximatif. Il ne faut pas se tromper quand on ressuscite, pour le fric ou pour des reliefs de gloire retrouvée, un mythe de la musique pop. Personne n'est dupe. Il ne viendrait à quiconque l'idée saugrenue d'aller comparer le Chuck Berry inventeur du rock'n'roll, animal dangereux dont tout le monde s'est inspiré (y compris les loques précoces du nouveau rock anglais), avec celui qui offre un dernier tour de piste. Ginger et Fred de la subversion électrique.

Les mélodies de Chuck Berry ont été reprises par Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, les Beatles, les Rolling Stones, Bruce Springsteen; AC/DC a mimé son pas de canard. Ces chansons appartiennent si bien à notre inconscient commun qu'on a le sentiment, en écoutant Chuck, qu'il ressort une ancienne compilation du hillbilly d'après-guerre. Le plus fascinant, dans cette expérience sise entre le Musée Grévin et la machine à remonter le temps, c'est que Chuck Berry, en prenant de l'âge, s'est mis à ressembler à son père, puis à son grand-père. Et que la voix qu'il raccommode procède de plus en plus de celle des premiers ouvriers du blues. On a tant valorisé - dans l'historiographie du rock - la rupture, la réaction, la violence faite aux générations précédentes, qu'on a occulté les filiations. Chuck Berry, derrière sa Gibson, retrouve l'essence même de sa musique. Un plaidoyer pour que ceux qu'on n'entend pas finissent par capturer leur audience.

© Le Temps, 2007 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Commentaires

Je cherche à connaitre le nom du jeune pianiste norvegien qui accompagne Chuck Berry dans sa tournée.Merci

Écrit par : Jonathan Goldstein | samedi, 15 novembre 2008

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