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samedi, 23 juin 2007

S'il Who plaît

LIBERATION, 6 juin 2007


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S'il Who plaît
Un an après leurs retrouvailles, les survivants Roger Daltrey et PeteTownshend s'offrent un nouveau tour de piste. Escale ce soir à Bercy
.

Par Raphaël GARRIGOS, Isabelle ROBERTS
QUOTIDIEN : mercredi 6 juin 2007
The Who ce soir à Bercy, 20 h 30, Paris XIIe, première partie : The Cult

Forcément, on se demande si ça vaut le coup. Aller se perdre entre Thionville et Metz, entre un haut fourneau éteint et une cimenterie désolée, fouiller une forêt transformée en une façon de Las Vegas thermal mosellan, chercher cette salle de concerts, celle, misère, où débutent les tournées Star Ac . La trouver enfin, abrutie de chaleur en ce mois de juillet 2006, en ressortir deux heures après, ruisselants, hurlant et ravis, les tympans en purée. Ecorchés par la Fender de Pete Townshend, les tympans lézardés par la voix de Roger Daltrey. Qui, ça ? Non, ne nous forcez pas à faire la vieille blague : who ? Ben, les Who : le meilleur groupe de rock du monde.

Efficace. C'était il y a presqu'un an et les Who venaient de remonter sur scène, arthrose et engueulades incluses, pour leur première grande tournée depuis près de vingt-cinq ans. C'était avant le four (seulement 18 000 galettes écoulées en France) de leur nouvel album, sorti en octobre, Endless Wire , neuf chansons pas terribles et, marotte de Townshend oblige, un mini opéra, Wire & Glass, plutôt réussi.
Ce soir, ils sont à Bercy, une bonne centaine de dates dans les pattes ­ hier à Rotterdam, demain en Belgique (après le Portugal et les Etats-Unis). The Who, au presque complet, c'est-à-dire Roger Daltrey (chant et tambourin) et Pete Townshend (guitares et vannes qui tuent). Le bassiste de marbre John Entwistle est excusé pour cause de décès en 2002. «The Ox» ­ «le boeuf», en raison de sa robuste constitution capable de venir à bout de n'importe quelle substance, liquide, solide ou en poudre ­ a finalement été terrassé par une crise cardiaque. C'est Pino Palladino qui officie à sa place, carré, discret.
Le batteur Keith Moon ­ alias Moon « The Loon» , «le barjo» ­ n'est pas là non plus, et ça fait près de trente ans que ça dure, la faute à une expérience chimico-alcoolisée ratée. Mais avant de passer les baguettes à gauche, Moon a eu le bon goût d'en enseigner les rudiments à Zak, le gamin de son pote Ringo Starr. Et voilà Zak Starkey tenant désormais la batterie des Who : double grosse caisse comme Moon, moins allumé (lui ne place pas d'explosifs dans les fûts) mais efficace. Pour compléter, John «Rabbit» Bundrick, vieux compagnon de route, est aux claviers et Simon épaule son frère Pete, à la guitare.
Les deux survivants, eux, tiennent la baraque Who à bout de bras musclés. Roger Daltrey a laissé tomber les frisettes de ses cheveux et les franges de ses costumes pour une coupe courte mais toujours blonde et une chemise à peine fantaisie. A 63 ans le petit Roger porte beau et des petites lunettes bleues ( «de mamie» , le chambre sur scène son vieux pote Pete), manie toujours son micro comme un lasso et s'amuse avec deux tambourins quand il ne râle pas contre les spectateurs qui allument une clope.
A sa gauche Pete, éternel metteur en scène des Who, veille comme un gros chat. A tout juste 62 ans, Townshend, alias le plus formidable tarin du rock'n'roll, mouline à tour de bras tout au long du concert. C'est son fameux Windmill . Son saut légendaire est en revanche remisé avec les guitares explosées contre les amplis : depuis qu'il l'a tenté en début de tournée, Pete carbure aux anti-inflammatoires.
Foudre. Pas la peine de se la raconter : les Who sont vieux. La voix de Daltrey, comme épaissie, ne monte plus aussi haut, elle ne rugit plus aussi fort et son cri culte au milieu de Won't Get Fooled Again chevrote un chouille. Pete Townshend, lui, est à moitié sourd depuis les expériences pyrotechniques de Keith Moon. Ce pourrait être ridicule, pathétique, décevant, eh bien, non. Les Who sur scène, c'est l'éclair et la foudre : à 60 ans passés, ils tonnent et vrombissent comme des avions.
D'entrée, bing, sans préliminaires, c'est leur tout premier hit I Can't Explain (1965) envoyé au galop, la guitare de Townshend donnant de grands coups de griffe. Pas bégueules, ils livrent un concert composé aux trois quarts de vieilles chansons : Anyway, Anyhow, Anywhere , The Kids are Alright , Substitute ... Et l'air de rien, ils vous balancent My Generation dans les dents : «Hope I die 'fore I get old», crache Daltrey même pas gêné, toujours enragé. Et ouais, je chante My Generation à 63 ans et je vous emmerde.
Réalistes, ils savent qu'ils doivent une partie des jeunes spectateurs à la série télé les Experts ( Who are you en générique des Experts Las Vegas , Won't Get Fooled Again pour Miami , et Baba O'Riley pour Manhattan ). Avant Who Are You , Daltrey, pince-sans-rire : «Celle-là, vous la connaissez.» Pareil pour Behind Blue Eyes, repris par Limp Bizkit version tube FM. Daltrey s'empare d'une guitare et dit : «Vous devez connaître les paroles . » Townshend le mate : «Et toi, tu sais jouer de la guitare ?»
Pas ramenard, le show des Who, pas d'effets spéciaux, juste quelques vidéos derrière eux : voir les deux bestiaux suffit amplement. Pas de scène pharaonique comme chez les Stones, dont ils seraient les frères mal aimés : moins de succès, pas show-biz. Nos deux compères savent tout ça et moulinent sans cesse l'autodérision. «Who ! Who ! Who !» , psalmodie encore la salle. Alors, Pete et Roger reviennent et terminent leur concert par un See Me, Feel Me possédé. Les Who ? Et qui d'autre, de toute façon ?


Pete Townshend, guitariste des Who.
«On est à la fois des ouvriers et des bêtes de scène»
Par Raphaël GARRIGOS, Isabelle ROBERTS
QUOTIDIEN : mercredi 6 juin 2007


En pleine tournée, toujours entre deux dates, Pete Townshend ­ leader et inventeur des Who Ñ, a répondu aux questions de Libération par e-mail, étant à moitié sourd. Encore un coup de Keith Moon.

Qui sont les Who aujourd'hui?
Roger et Pete à 10%, et à 90% un public qui croit toujours que la musique peut leur changer les idées.
Qui a décidé de lancer cette tournée?
C'est moi. Mais ça faisait des années que Roger m'y poussait.

Est-ce toujours excitant?
Non. Mais c'est plus drôle, il y a plus de plaisir et c'est plus facile qu'avant.
Comment définiriez-vous votre rôle dans les Who? Nous vous verrions comme un metteur en scène et Roger Daltrey serait votre acteur...
Je me vois plutôt comme un scénariste, pas comme un metteur en scène.

Zak Starkey est-il un bon Keith Moon?
Il n'existe personne d'aussi bon que Keith Moon, il y a juste des batteurs qui jouent comme Keith Moon. Mais Zak est un très bon Zak.

Comment ça se passe, Roger et vous?
Très, très bien, en fait.
Vous ne cassez plus de guitares, mais faites toujours des moulinets et Roger se sert toujours de son micro comme d'un lasso. C'est la mythologie des Who?
C'est une habitude. Faire tourner son micro n'ajoute pas beaucoup de musicalité, mais j'aime penser que quand je frappe les cordes de ma guitare à 320 km/h, ça sonne différemment qu'un type qui se tient comme un mannequin dans une vitrine.

Qu'est-ce que ça vous fait quand vous voyez que beaucoup de jeunes vous connaissent grâce aux «Experts»?
Je me dis que ma stratégie globale a bien fonctionné...
Dans quels groupes retrouvez-vous votre influence?
Il y en a beaucoup. Presque tous, en fait.

Les Who ne sont-ils pas un peu oubliés dans l'histoire du rock?
J'ai déjà oublié la question...

Vous jouez toujours «My Generation» sur scène. ça veut dire que vous n'êtes pas vieux?
A 60 ans, on n'est plus vieux aujourd'hui. Mais si on joue toujours My Generation , c'est parce ce n'est pas une chanson sur l'âge, plutôt sur ce qui arrive quand les gens vieillissent. Quel âge avez-vous? Si vous avez, disons, 35 ans et êtes en bonne santé, je dirais que je vous battrais probablement à la course.

A l'inverse des concerts des Rolling Stones, les vôtres sont très simples avec beaucoup d'autodérision...
Je ne crois pas qu'on se caricature. C'est vrai qu'on ne veut pas en mettre plein la vue. Roger et moi veillons jalousement à ce que les spectateurs sachent qu'on fait tout pour réussir leur soirée avec nous. On est à la fois des ouvriers et des bêtes de scène.

Et pour finir, who are you ?
Je m'appelle Pete Townshend. Un ami de la France, un amoureux de Paris et de Nice, un adepte de Genet et Simenon. Je viens de l'ouest de Londres, où le ciel est souvent gris.

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